Le choc du transfert Cambodge/Thaïlande a été assez intense. Sawadee Ka.
Des chars. Des autoroutes pavées. Des lampadaires. Des ATMs qui poppent comme des champignons partout autour de moi. Des PFKs, des McDos, et des grosses thaïs. Des TESCO Superstores avec des parkings remplis de gros pickups.
C’est dont ben développé ici? Pis en plus, c’est bourré de Pringles Travellers. Le touriste typique qui achète sa criss de boîte de Pringles dans un bus stop parce que y’a peur de manger la délicieuse soupe que la madame en pyjama a concocté dans son stand mobile, de peur d’être malade. En effet, c’est bien connu, les asiatiques sont dotés d’un colon en téflon et sont capables de digérer absolument tout (not). Ce qui est moins connu, c’est que nous sommes tous humains pis qu’on est construit d’la même manière. Si toi t’es malade, elle aussi. Pis le pichet d’eau sur la table, tu peux en boire aussi. C’est de l’eau filtrée. Y boivent pas l’eau du robinet. Continues de manger tes Pringles fades pis de te promener avec ta bouteille d’eau. Tes fausses Ray-Bland t’empêchent de voir les vraies couleurs.
Bangkok était laide quand j’suis arrivée ce soir là.
La seconde où j’ai mit les pieds sur le trottoir en débarquant de l’autobus, La Bangkok smell s’est emparée de mes parois nasales. Non. Ça ne sentait pas le Biodôme comme v’la 6 mois. Ça m’écœurait. J’venais d’entrer dans l’aquarium de Dodu, ma tortue que j’avais quand j’avais 5 ans. Genre, les vapeurs humides de son aquarium pas lavé depuis 3 semaines + des vidanges mijotées dans une casserole à feu doux.
Fatigués de notre ride de bus, ma maison sur mon dos, ma bibliothèque dans mes mains, moi et Mark on se dirige en quête d’un taxi rose. ( On ne prend QUE les taxis roses. Les autres, c’pour les faggots.)
Un policier accoure vers nous et nous demande brusquement de lui montrer le contenu de tous nos sacs. Comme ça, sans raison.
On est en tabarnak. Asti d’perte de temps de SCAMs policiers corrompus d’marde. Ils espèrent trouver d’la drogue ou whatever ce qui ferait leur affaire pour finalement nous dire : « Bon ben, si tu nous donnes 200$ on te laisse partir pis t’auras rien »
Sérieux, quand on te demande de dépaqueter tes affaires en pleine rue en dessous d’un viaduc, la nuit, quand tu sais que t’as rien à te reprocher pis que t’as paqueté ton sac de manière Tetris lvl.22, ben, ça fait vraiment chier.
J’lui ai dit que ça servait à rien de regarder dans mon sac, que y’avait juste des bobettes sales comme celle là, pis j’y ai montré celles que je portais à ce moment là avec un beau grand sourire pis un magnifique eye contact comme j’suis si bien capable de faire.
Criss que t’es arrogante Gabrielle Provost. Y’a ben juste une fille pour montrer son cul aux policiers sans avoir de conséquences.
J’ai donné une top au gars, on a fumé ensemble, y m’a dit que j’t’ai belle pis y nous a laissé partir. WTF la police, man.
Ce soir là, j’ai dormi comme une morte, ronronnant à l’unisson avec l’air climatisé.
Bangkok n’était pas si laide le lendemain.
Soupe de canard tourbillonnant dans ma bouche.
Artères grouillantes de vie.
Ciel gris.
Je porte l’enclume de la chaleur sur mon dos.
…Jusqu’à temps où je passe les portes du 7eleven et sa fameuse sonnette, poussant un soupir.
AHHHHHHhhhhhhhhhh. Turbo air climatisé.
J’pense que c’t’aussi jouissif que le moment où tu fermes la fan du poêle après avoir cuisiné un boutte. Maudit que c’t’un sentiment allégeant.
« Mark. On fait quoi aujourd’hui? J’ai pas l’goût de magasiner. J’ai pas l’goût de boire d’la bière comme une conne. J’ai pas l’goût d’aller dans un musée. J’ai pas l’goût d’marcher, y fait chaud. Pis j’ai pas l’goût de rester à l’hôtel. »
« Ben là Gaby, on va au cinéma. »
OK. T’as mis l’doigt dessus. On fait ça.
J’avais entendu parler qu’aller au cinéma à Bangkok était toute une expérience. En effet. Ça n’a rien à voir avec un Guzzo ou un cinéma cheap et défraichi à 3 piasses le mardi.
On zigzague en tuk-tuk entre les Mercedes, les expats aux barniques, les grattes-ciels et les centaines de dentistes du quartier des affaires pour se rendre au Paragon. On doit passer par le gigantesque centre d’achat étincelant de Gucci. J’me laisse guider par les spirales de tapis roulants. Encore une fois, j’ai l’air de Jane, la femme de Tarsan, avec mes cheveux couettés, mes sandales de cuir et ma belle robe fleurie orangée. J’suis figée dans ce foutu escalier roulant, défilant, regardant la jungle de lianes de perles et de palmiers Rolex qui m’entoure, pensant qu’une majorité de Thaï n’y auront jamais accès.
Je marche sur le tapis rouge jusqu’au kiosque de tickets où l’un gentil jeune homme avec une coupe de boysband et des verres de contacts brun pâles m’acceuille. Il me présente un écran tactile où je choisis mon siège et celui de Mark . Total : 1700 bahts pour deux, 50$.
« VIP, Everytingne igneclude except popcohn, pliiiizeh folloh me madam’ »
Eh ben. J’ai pas vérifié le prix du pop-corn mais bon, on a suivi notre gentil ami jusqu’au lounge d’attente. On nous installe dans des grand fauteuils de velours moelleux aux couleurs des coupes de Jacob’s Creek qu’on nous a servit, avec des petits gâteaux. On niaise pas, c’est glam en esti voir un film con au cinoche à Bangkok.
On nous escorte par la suite jusqu’à nos sièges. Que dis-je. Lits? Deux méga Lazy-boys en cuir entouré d’une cloison capitonnée. On nous remet des couvertes en satin et des oreillers. J’pèse sur les pitons électriques pour ajuster mon trône et on m’offre du café en même temps. Les trailers des films cons sont même pas parti que j’ris déjà de ma condition. C’en est ridicule. L’excès de luxe me fait toujours rire. Les wealthy Thais qui se promènent tous avec leur Ipad aussi.
( En passant, Piranha 3DD ça à l’air incroyable….)
Ça faisait donc ben longtemps que j’étais pas allée au cinéma. Ça change les idées d’écouter un film con. Surtout que j’avais la mine basse pis que j’avais pleuré ma vie la veille en écoutant Into the Wild sur mon laptop dans l’bus. Sacre, comme si j’avais un surplus d’océan qui m’sortait par les yeux en me dirigeant vers la ville.
Le lendemain, j’suis allée reconduire Mark à L’aéroport. Le british retourne sur son île pour deux semaines. J’ai aussi pris un oiseau de fer cheap pour faire le plein du grand lac de larmes du sud de la Thaïlande avant de revenir à Montréal, j’vais en avoir de besoin.
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J’écris à partir de ma chambre d’hôtel que j’ai soigneusement choisie sur l’île de Koh Lanta. Grand lit aux draps blanc immaculés, murs donnant sur l’océan vitrés à’ grandeur avec de longs rideaux fait à partir du même tissu que la robe de Jasmine dans Aladdin. Oui oui, le même.
En arrivant, j’me suis permise mon plaisir coupable de vider mon sac à’ grandeur du plancher de céramique luisant comme un aréna. Ma grande adulescence étalée partout autour de moi. Ça m’rend tellement à l’aise quand mon linge est éparpillé partout sur le plancher. Donnez moi un coffre à crayon quelqu’un, question que j’écrive Nirvana avec du Liquid Paper dessus.
Je reste ici, seule avec mon océan ( les autres sont invisibles, j’veux pas d’amis. Le monde me gosse, surtout sur les îles) mes calepins, mon ipod et mes livres pour 1 semaine. Décantation. Anticipation, essayer de trouver l’homogénéité de mon histoire, comprendre la conclusion.
Quand j’suis revenue du dépanneur, j’ai allumé la lumière et quand j’suis arrivée pour prendre mon foulard dans mon tas d’adulescence… Quand le chat est pas là, la…. La coquerelle danse????
AHHHhhhh!! Quessé qu’tu câliss dans mon château vitré!
Toi seule. Seule conne. La seule vue de ton être me paralyse, me crispe, me cloue.
C’est moi qui devrait te cloué à coup de gun à pression.
Je te hais.
La seule partie de mon corps dont tu n’as pas l’emprise est ma bouche. Je crie à chaque fois que je te vois, salle blatte. Ton emprise est si puissante, mon rythme cardiaque accélère à chaque fois, cherchant à garder mon calme et enfin te vaincre.
J’ai vidé mon deuxième sac sur le lit, empoignant mon DEET 95% pour t’asperger de molécules de haine irrationnelle. Ma criss, t’es allé te cacher dans la grande robe de Jasmine et je n’ose pas la dévêtir.
T’as beau avoir 8 cm de long sans tes horribles antennes, tu me parais plus grande que moi. Tu me domine. Tu m’ankylose de ta gigantitude.
Maintenant que je suis cachée dans mon tank de draps nacrés, n’osant pas affronter notre combat, je laisse la lumière te garder loin de moi. Je sais que tu détestes la clarté. Je déteste ta couleur obscure.
Nous sommes ennemies, opposées, contrastées, claires /obscures.
Je suis blanche, tu es fuckin’ brune.
Qu’est ce que tu me veux?
Je sais que t’es conne. Moi aussi d’ailleurs. On utilise la même stratégie, on se cache.
Je suis maintenant la petite fille qui a peur du monstre la nuit. Je ne veux pas fermer les lumières et pas question que je laisse mon pied dépasser des couvertes. Tu me fais paranoyer, je t’imagine partout maintenant.
Après la paralysie, maintenant, je souffre de démangeaisons imaginaires dans mon tank. Tu me rends malade.
À cause de toi, je n’ai pas accès au spectacle de l’orage déferlant sur l’océan juste en face de moi parce que je ne veux pas toucher aux rideaux ni à la lumière.
Je te hais encore plus.
Et pourtant, après tout, on se ressemble sur quelques points. On aime la nuit, le crade, la rouille, explorer les endroits reclus. On aime manger les miettes qui restent dans le fond d’un sac d’Oréo.
On aime jouer des tours au gens. On aime les villes. On aime se tenir en gang.
Mais p’tête ben que t’es une coquerelle solitaire. Comme moi maintenant. J’ai pas l’goût d’être l’amie à personne. Pis tu t’es pogné un beau château vitré sur le bord de l’océan. Peut-être que tu pensais te rendre utile, jouant le rôle de ma femme de chambre, voulant m’aider à la cleaner. J’te le dis tout de suite : J’te donne ton 4 %, tu ne corresponds pas aux critères de beauté de mon entreprise superficielle. La relation synanthrope que nous avons ne me convient pas du tout. J’t’enverrais ben manger un char de marde, mais tu le fais déjà, blatte vidangeuse.
Tu m’écœures, mais j’vais te donner une chance. Laisse-moi tranquille. Je ne penserai plus à toi.
M’ah fermer la lumière pis m’ah dormir.
Ouste, créature lucifuge, Madame Lucifer.














