Ah pis Thaïyeule.

Le choc du transfert Cambodge/Thaïlande a été assez intense. Sawadee Ka.

Des chars. Des autoroutes pavées. Des lampadaires. Des ATMs qui poppent comme des champignons partout autour de moi. Des PFKs, des McDos, et des grosses thaïs.  Des TESCO Superstores avec des parkings remplis de gros pickups.

C’est dont ben développé ici? Pis en plus, c’est bourré de Pringles Travellers. Le touriste typique qui achète sa criss de boîte de Pringles dans un bus stop parce que y’a peur de manger la délicieuse soupe que la madame en pyjama a concocté dans son stand mobile, de peur d’être malade. En effet, c’est bien connu, les asiatiques sont dotés d’un colon en téflon et sont capables de digérer absolument tout (not). Ce qui est moins connu, c’est que nous sommes tous humains pis qu’on est construit d’la même manière. Si toi t’es malade, elle aussi. Pis le pichet d’eau sur la table, tu peux en boire aussi. C’est de l’eau filtrée. Y boivent pas l’eau du robinet. Continues de manger tes Pringles fades pis de te promener avec ta bouteille d’eau. Tes fausses Ray-Bland t’empêchent de voir les vraies couleurs.  

Bangkok était laide quand j’suis arrivée ce soir là.

La seconde où j’ai mit les pieds sur le trottoir en débarquant de l’autobus, La Bangkok smell s’est emparée de mes parois nasales. Non. Ça ne sentait pas le Biodôme comme v’la 6 mois. Ça m’écœurait. J’venais d’entrer dans l’aquarium de Dodu, ma tortue que j’avais quand j’avais 5 ans. Genre, les vapeurs humides de son aquarium pas lavé depuis 3 semaines + des vidanges mijotées dans une casserole à feu doux.

Fatigués de notre ride de bus, ma maison sur mon dos, ma bibliothèque dans mes mains, moi et Mark on se dirige en quête d’un taxi rose. ( On ne prend QUE les taxis roses. Les autres, c’pour les faggots.)

Un policier accoure vers nous et nous demande brusquement de lui montrer le contenu de tous nos sacs. Comme ça, sans raison.

On est en tabarnak. Asti d’perte de temps de SCAMs policiers corrompus d’marde. Ils espèrent trouver d’la drogue ou whatever ce qui ferait leur affaire pour finalement nous dire : « Bon ben, si tu nous donnes 200$ on te laisse partir pis t’auras rien »

Sérieux, quand on te demande de dépaqueter tes affaires en pleine rue en dessous d’un viaduc, la nuit, quand tu sais que t’as rien à te reprocher pis que t’as paqueté ton sac de manière Tetris lvl.22, ben, ça fait vraiment chier.
J’lui ai dit que ça servait à rien de regarder dans mon sac, que y’avait juste des bobettes sales comme celle là, pis j’y ai montré celles que je portais à ce moment là avec un beau grand sourire pis un magnifique eye contact comme j’suis si bien capable de faire. 

Criss que t’es arrogante Gabrielle Provost. Y’a ben juste une fille pour montrer son cul aux policiers sans avoir de conséquences. 

J’ai donné une top au gars, on a fumé ensemble, y m’a dit que j’t’ai belle pis y nous a laissé partir. WTF la police, man.

Ce soir là, j’ai dormi comme une morte, ronronnant à l’unisson avec l’air climatisé.

Bangkok n’était pas si laide le lendemain.
Soupe de canard tourbillonnant dans ma bouche.
Artères grouillantes de vie.
Ciel gris.
Je porte l’enclume de la chaleur sur mon dos.

…Jusqu’à temps où je passe les portes du 7eleven et sa fameuse sonnette, poussant un soupir.

AHHHHHHhhhhhhhhhh. Turbo air climatisé.

J’pense que c’t’aussi jouissif que le moment où tu fermes la fan du poêle après avoir cuisiné un boutte. Maudit que c’t’un sentiment allégeant. 

« Mark. On fait quoi aujourd’hui? J’ai pas l’goût de magasiner. J’ai pas l’goût de boire d’la bière comme une conne. J’ai pas l’goût d’aller dans un musée. J’ai pas l’goût d’marcher, y fait chaud. Pis j’ai pas l’goût de rester à l’hôtel. »

« Ben là Gaby, on va au cinéma. »

OK. T’as mis l’doigt dessus. On fait ça.

J’avais entendu parler qu’aller au cinéma à Bangkok était toute une expérience. En effet. Ça n’a rien à voir avec un Guzzo ou un cinéma cheap et défraichi à 3 piasses le mardi.

On zigzague en tuk-tuk entre les Mercedes, les expats aux barniques, les grattes-ciels et les centaines de dentistes du quartier des affaires pour se rendre au Paragon.  On doit passer par le gigantesque centre d’achat étincelant de Gucci. J’me laisse guider par les spirales de tapis roulants. Encore une fois, j’ai l’air de Jane, la femme de Tarsan, avec mes cheveux couettés, mes sandales de cuir et ma belle robe fleurie orangée. J’suis figée dans ce foutu escalier roulant, défilant, regardant la jungle de lianes de perles et de palmiers Rolex qui m’entoure, pensant qu’une majorité de Thaï n’y auront jamais accès.

Je marche sur le tapis rouge jusqu’au kiosque de tickets où l’un gentil jeune homme avec une coupe de boysband et des verres de contacts brun pâles m’acceuille. Il me présente un écran tactile où je choisis mon siège et celui de Mark . Total : 1700 bahts pour deux, 50$.

« VIP, Everytingne igneclude except popcohn, pliiiizeh folloh me madam’ »
Eh ben. J’ai pas vérifié le prix du pop-corn mais bon, on a suivi notre gentil ami jusqu’au lounge d’attente. On nous installe dans des grand fauteuils de velours moelleux aux couleurs des coupes de Jacob’s Creek qu’on nous a servit, avec des petits gâteaux.  On niaise pas, c’est glam en esti voir un film con au cinoche à Bangkok. 

On nous escorte par la suite jusqu’à nos sièges. Que dis-je. Lits? Deux méga Lazy-boys en cuir entouré d’une cloison capitonnée. On nous remet des couvertes en satin et des oreillers. J’pèse sur les pitons électriques pour ajuster mon trône et on m’offre du café en même temps. Les trailers des films cons sont même pas parti que j’ris déjà de ma condition. C’en est ridicule. L’excès de luxe me fait toujours rire. Les wealthy Thais qui se promènent tous avec leur Ipad aussi.

( En passant, Piranha 3DD ça à l’air incroyable….)

Ça faisait donc ben longtemps que j’étais pas allée au cinéma. Ça change les idées d’écouter un film con. Surtout que j’avais la mine basse pis que j’avais pleuré ma vie la veille en écoutant Into the Wild sur mon laptop dans l’bus. Sacre, comme si j’avais un surplus d’océan qui m’sortait par les yeux en me dirigeant vers la ville.  

Le lendemain, j’suis allée reconduire Mark à L’aéroport. Le british retourne sur son île pour deux semaines. J’ai aussi pris un oiseau de fer cheap pour faire le plein du grand lac de larmes du sud de la Thaïlande avant de revenir à Montréal, j’vais en avoir de besoin.

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J’écris à partir de ma chambre d’hôtel que j’ai soigneusement choisie sur l’île de Koh Lanta. Grand lit aux draps blanc immaculés, murs donnant sur l’océan vitrés à’ grandeur avec de longs rideaux fait à partir du même tissu que la robe de Jasmine dans Aladdin. Oui oui, le même.  

En arrivant, j’me suis permise mon plaisir coupable de vider mon sac à’ grandeur du plancher de céramique luisant comme un aréna. Ma grande adulescence étalée partout autour de moi. Ça m’rend tellement à l’aise quand mon linge est éparpillé partout sur le plancher. Donnez moi un coffre à crayon quelqu’un, question que j’écrive Nirvana avec du Liquid Paper dessus.

Je reste ici, seule avec mon océan ( les autres sont invisibles, j’veux pas d’amis. Le monde me gosse, surtout sur les îles) mes calepins, mon ipod et mes livres pour 1 semaine. Décantation.  Anticipation, essayer de trouver l’homogénéité de mon histoire, comprendre la conclusion.

 Quand j’suis revenue du dépanneur, j’ai allumé la lumière et quand j’suis arrivée pour prendre mon foulard dans mon tas d’adulescence… Quand le chat est pas là, la…. La coquerelle danse????

AHHHhhhh!! Quessé qu’tu câliss dans mon château vitré!

 Toi seule. Seule conne. La seule vue de ton être me paralyse, me crispe, me cloue.
C’est moi qui devrait te cloué à coup de gun à pression.

Je te hais.
La seule partie de mon corps dont tu n’as pas l’emprise est ma bouche. Je crie à chaque fois que je te vois, salle blatte. Ton emprise est si puissante, mon rythme cardiaque accélère à chaque fois, cherchant à garder mon calme et enfin te vaincre.

J’ai vidé mon deuxième sac sur le lit, empoignant mon DEET 95% pour t’asperger de molécules de haine irrationnelle. Ma criss, t’es allé te cacher dans la grande robe de Jasmine et je n’ose pas la dévêtir.

T’as beau avoir 8 cm de long sans tes horribles antennes, tu me parais plus grande que moi. Tu me domine. Tu m’ankylose de ta gigantitude.

Maintenant que je suis cachée dans mon tank de draps nacrés, n’osant pas affronter notre combat, je laisse la lumière te garder loin de moi. Je sais que tu détestes la clarté. Je déteste ta couleur obscure.

Nous sommes ennemies, opposées, contrastées, claires /obscures.
Je suis blanche, tu es fuckin’ brune.

Qu’est ce que tu me veux?

 Je sais que t’es conne. Moi aussi d’ailleurs. On utilise la même stratégie, on se cache.  

Je suis maintenant la petite fille qui a peur du monstre la nuit. Je ne veux pas fermer les lumières et pas question que je laisse mon pied dépasser des couvertes. Tu me fais paranoyer, je t’imagine partout maintenant.

Après la paralysie, maintenant, je souffre de démangeaisons imaginaires dans mon tank. Tu me rends malade. 

À cause de toi, je n’ai pas accès au spectacle de l’orage déferlant sur l’océan juste en face de moi parce que je ne veux pas toucher aux rideaux ni à la lumière.

Je te hais encore plus.

Et pourtant, après tout, on se ressemble sur quelques points. On aime la nuit, le crade, la rouille, explorer les endroits reclus. On aime manger les miettes qui restent dans le fond d’un sac d’Oréo.
On aime jouer des tours au gens. On aime les villes. On aime se tenir en gang.

Mais p’tête ben que t’es une coquerelle solitaire. Comme moi maintenant. J’ai pas l’goût d’être l’amie à personne. Pis tu t’es pogné un beau château vitré sur le bord de l’océan.  Peut-être que tu pensais te rendre utile, jouant le rôle de ma femme de chambre, voulant m’aider à la cleaner. J’te le dis tout de suite : J’te donne ton 4 %, tu ne corresponds pas aux critères de beauté de mon entreprise superficielle. La relation synanthrope que nous avons ne me convient pas du tout. J’t’enverrais ben manger un char de marde, mais tu le fais déjà, blatte vidangeuse.  

Tu m’écœures, mais j’vais te donner une chance. Laisse-moi tranquille. Je ne penserai plus à toi.

M’ah fermer la lumière pis m’ah dormir.
Ouste, créature lucifuge, Madame Lucifer.

Patchwork cambodgien.

J’ai la goutte de sueur dans le front, j’attends sur une p’tite chaise de plastique que le douanier approuve ma departure card. Pendant ce temps là, j’regarde les oiseaux qui se promènent entre les bouches d’aérations dans la bâtisse.

On est pas beaucoup qui attendent de traverser au Cambodge. Moi, un couple de boutch espagnoles et trois jeunes touristes chinois qui se prennent en photo devant le bureau du douanier vietnamien à la face de cuir.

Ça va toujours rester hors de mon pouvoir de compréhension quand je vois des gens qui se prennent en photos dans des endroits, qui selon moi, sont inappropriés. Surtout en prenant la pause typique légèrement cambrée, un sourire de manga et en faisant un signe de peace.

Yo? T’es dans un bureau de douanes crados, y’a un gars en habit militaire qui te regarde croche pis t’as pas la capacité de juger que t’as pas d’affaire à faire ça? Pis de toute façon, tu vas faire quoi avec cette photo là?

« Ah, ça c’est moi, Ming pis Chung quand on traversait au Cambodge. Chu chix hein? »

J’vais mettre ça sur le dos d’une performance artistique absurde. C’est comme une raison valable pour tout ce que j’comprends pas. J’me pose pu de question après.  

J’me tape sur les doigts à tous les jours pour me rappeler de ne pas juger « le pourquoi » des photos des autres. C’est pas bien. En plus, c’pas de mes affaires. Vivement le numérique qui nous permet de faire autant de crap qu’on veut. Au moins, ça se delete. J’m’ennuie de l’aspect précieux de chaque photo sur film, de choisir chaque moment et de savoir qu’il t’en reste seulement 8 à prendre. J’m’ennui aussi de flâner au centre d’achat pendant une heure, le temps que la fille chez Wal-Mart développe mon film et trépider d’excitation quand  j’ouvre l’enveloppe.  

Face de cuir a stampé mon passeport, je peux partir maintenant.

Je sors du bureau vietnamien pour me diriger vers le Cambodge. Je traverse le pont et à partir de là, les routes ne sont plus asphaltées. Le soleil est lourd sur mes paupières. Je suis capable de les entrouvrir juste assez pour voir les palmiers, la rivière pleine de déchets et les poulets qui picossent sur le bord de la route.

Le douanier cambodgien ouvre le plexiglass de son shack de tôle et prend mon passeport.

«  Vouuus êtes deh lah réchion deh montréale madhémoisel’ gahbriel’? » me dit-il avec un grand sourire.

Wooohhh… Ça vient totalement de peter ma bulle.  

« Oui, exactement! » que j’lui réponds les yeux grands ouverts de surprise.

« Alorh bianvenou au Cambodge! »

Merci beaucoup. C’est très apprécié.

+1 stamp de passeport pour moi.

Ahh… J’suis bien contente d’être arrivée ici. Les gens sont souriants, heureux, les enfants font des tatas aux autobus qui passent. Ouf. Ça fait du bien.  
Ça brasse dans l’autobus, les routes sont pas fameuses, comme au Laos. Par chance que j’ai un bus à l’air climatisé parce que c’est poussiéreux en titi dehors. Je regarde par la grande fenêtre sale et je suis fascinée par le paysage… mais aussi par le fait de regarder ma plaie sur mon mollet qui s’infecte à vue d’œil.

Ouaip, j’me suis fait le fameux Ko Tao Tattoo… mais sans être à Ko Tao. En fait, c’est le tattoo du touriste innocent. J’me suis effectivement brulée sur l’exaust d’un scooter parce que j’ai pris un pastis de trop qui m’a fait oublier que j’pouvais me bruler en descendant d’la ride.  Bravo belle conne. T’as pas appris encore qu’on doit toujours passer par le côté gauche?

Nope, ça pas l’air.

La ride de bus a pas été si longue. À peine 3 heures.

Je dompe mon sac dans mon très coquet bungalow. Y’a des orchidées disposées sur mon lit de princesse à baldaquin moustiquaire. Le temps que j’prenne une douche, j’remarque une belle araignée de la grosseur d’une main d’enfant de 4 ans. J’accoure à la réception et je demande au gars qu’il vienne la tuer. Évidemment, il rit de moi et me suit jusque dans ma maison avec un balais et du Raid. J’lui ai dit qu’elle n’était pas mon amie. Il me répond que y’a pas de trouble, c’est l’amie des cambodgiens, elle mange les moustiques.
Eh ben. Désolée. J’vais pas au-delà de la première impression. J’ai décidé que ça ne serait pas mon amie. Pis j’avais pas le goût de la connaitre. Y’a du monde demême. That’s it.  

Faut j’m’occupe de ma plaie, j’vais à la chasse au Tuk-tuk.  ( Yay!! Ils sont de retour au Cambodge!)

C’pas trop dur la chasse au tuk-tuk. En fait, j’sais pas pourquoi j’dis la « chasse au » quand c’est plutôt eux qui chasse les clients. 

J’montre ma plaie au chauffeur et je dis : «  I need DOCTOR, PHARMACY »
Il me dit qu’il connait une place. Ça y est, je jumpe.

La vie est belle, j’ai le vent dans les cheveux, le bruit du moteur 2 temps m’rend sourde, on se promène sur le bord de l’océan, j’vois les pêcheurs de crabe, les enfants qui se baignent tounus, les cambodgiens qui font des pik-niks, les marchés de poivres.

Après quelques kilomètres, on arrive dans une clinique/slash/garage avec un pharmacien/slash/mécano.
Le gars tient un cabinet de médicament à coté de son char et de ses outils.
J’lui montre ma plaie, il me dit de m’asseoir sur la p’tite chaise en plastique.

J’le regarde faire, il prend une grosse paire de ciseaux rouillés et découpe un morceau de sac à vidange, le donne au chauffeur de tuk-tuk qui le met en dessous de ma jambe.

J’m’inquiète pas, mais j’trouve ça spécial en titi. J’avoue qu’on est toujours un peu retissant quand on associe médecine et mécanique. Ça fait film d’horreur. Ici, on appelle plutôt ça multitasking.
Le ciel est trop bleu pour que ça soit lugubre. J’pense qu’on fait toujours de drôles d’associations suite aux trucs qu’on a vu par l’entremise de la télé ou autre fiction quelconque.

J’jase avec les deux enfants qui sont venu voir ce qui se passait. J’leur raconte comment ça s’est passé. Y comprennent rien, mais y me sourient. Tout comme la poule à coté qui est aussi venue voir ce qui se passait.
 
Pendant que le chauffeur de tuk-tuk me tient la jambe, le pharmacien/slash/mécano me désinfecte la jambe avec du matériel qui me semble bien correct. J’aurais pas pu faire mieux.

Il me donne 20 pillules avec comme consigne «  tree time za day foh faillve day » et une crème.

J’pose pas de question. Ça donne rien de toute façon. ( J’ai 5 pilules de spare?)
J’lui donne 5 piasses pis j’repars en tuk-tuk à mon bungalow.

Par chance que j’ai internet dans ces moments là.
J’ai eu la confirmation que mon dosage est correct, tout est parfait. La seule affaire, c’est que mes pilules goûtent la même chose que ce que ça sent le tape de déménagement. J’pensais jamais manger c’t’odeur là.  

Suite à l’ingestion de mes premières pilules, j’me suis mise à faire de la fièvre. Pas tant que ça, mais assez pour que ça m’énerve un peu.

J’ai eu un méchant fight la nuit passée avec mon corps. Fièvre plus forte, légères hallucinations, tout ça pendant qu’il y avait un gros orage électrique dehors. C’t’ait freak. J’me suis endormie pis j’ai rêvé que j’participais au jeu télévisé des années 90 « L’épicerie en folie »

Ouf.

Tout ça pour dire que ce matin, non seulement je me sentais un peu gluante après avoir sué ma vie mais j’me sentais victorieuse de mon combat avec mon moi-même.
C’est dur de ne pas être parano dans vie, on est tous hypocondriaque. J’étais rendue au point où j’me disais que j’avais le sida ou ben qu’une mouche avait pondue dans ma plaie (encore un abus de télévision aka. Discovery channel )

Je vous confirme que je vais bien. C’est fini là. Pis j’vais continuer à gober ma roulette de tape de déménagement jusqu’au bout.  

Pas d’troubles. Living is easy. C’est toute dans tête que ça s’passe.

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J’ai un bracelet qui fait “ching ching” à la cheville depuis 4 mois. Des fois je l’oublie, des fois je m’en rends compte. En fait, j’m'en suis rappelée quand j’écoutais l’album de Xavier Rudd.
Le “ching ching” est exactement le même et j’adore cette toune. Ça représente exactement mon feeling du moment… Shelter. Fouttez moi la paix et concrétise.

http://www.youtube.com/watch?v=pob2aJ-jTYs

Do what you will while you’re able
Find what it is that you seek
Only I’ll fly, fly, fly above the ocean
I will fly so high above the see

Ps. J’suis trop nulle pour être capable d’intégrer un vidéo dans mon wordpress. Cliquez sur le lien. Ça va faire pareil. 

Ps. J’ai trouvé ce qui fait “TOC” sur ma maison. Ce sont des mangues qui tombent sur mon toit.

Gargariser les hauteurs.

Ça vous arrives-tu d’brailler parce que vous êtes heureux?
Moi oui.

J’viens d’embarquer dans un avion pour 40 piasses à destination de Phu Quoc, une île paradisiaque du Vietnam. J’m’ennuie d’la beach, ça fait 4 mois que j’l’ai pas vue. Ça va me faire du bien de me sortir du brouhaha des villes colorées de klaxons, de bruits, de constructions. Même les camions à vidanges ont une toune pour annoncer qu’ils passent.  Définitivement, un appareil photo est presqu’inutile pour imager le Vietnam. Un enregistreur sonore est beaucoup plus représentatif.

Ici, ce sont les textures sonores. Et les fréquences sont piquantes.

V’la 3 semaines, j’me suis achetée le « Best Of » d’Édith Piaf parce que c’est définitivement ma soundtrack d’avion par excellence. J’ai découvert ça en revenant de Hong Kong parce que mon Ipod n’avait plus de batteries et  j’écoutais la musique des écrans interactifs.
À chaque fois, j’pleure. Le feeling est juste trop intense.

Juste de ressentir l’espèce de puissance de l’avion, de symbole de l’infini, de liberté. Buzz Lightyear ne volait pas pour rien. Vers l’infini et plus loin encore. Everything is possible.
Je vole. Et je vais vite.

Hier, j’ai eu une journée assez particulière. J’ai encore visité un musée sur l’affreuse guerre du Vietnam et j’ai encore pleuré. J’pleure tout le temps, criss. C’pas drôle. Fuck les guerres.
Après ça, j’suis allée dans un musée d’art et j’ai pleuré parce que j’trouvais ça beau. Ouf.

Deux de mes amis vietnamiens de Buon me Thuot m’ont rejoint à Saigon et m’ont fait découvrir la ville en scooter. En plus, j’ai eu droit à ma première vraie tempête tropicale. Du haut du 23ème étage d’un building dans le luxueux loft d’un de leurs amis, on assistait à la destruction de la ville du haut de nos yeux d’oiseau. Les vents étaient si forts, Tout a été balayé dans les couloirs de la bâtisse, les lumières se sont éparpillées en miettes.

L’électricité a été coupée et nous avons partagé un délicieux souper vietnamien assis par terre dans le salon, éclairé par les cellulaires et chandelles. L’orage était si intense, au 23ème étage, on avait peur que la porte-patio éclate elle aussi.

Au moins, la tempête était éphémère et j’ai pu rentrer à mon hôtel en sécurité. Les rues étaient pleines de branches cassées et de feuilles de palmiers. Un gros arbre est tombé sur la bâtisse juste à coté de mon hôtel.

J’aime les hauteurs. Quand j’étais à Hue, j’suis montée au dernier étage d’un hôtel luxueux pour prendre un Margarita. Ça m’empli toujours d’un sentiment indescriptible de pouvoir voir aussi loin. D’éliminer les détails du rapprochement que l’on vit à chaque jour. Et quand on regarde une ville de loin, la nuit, on se rend compte que toutes les villes sont similaires.

Nous sommes tous humains après tout. La différence est toujours dans les détails.

J’me compte tout de même chanceuse d’avoir accès à ces points de vues. Autant en avion qu’au top d’une terrasse d’un hôtel au Vietnam. Chanceuse d’une manière, parce que je n’ai pas décidé de naître au Canada et d’avoir la possibilité de gagner assez d’argent pour réaliser mes rêves facilement.

Avion, terrasse sur le top d’un hôtel… Est-ce un luxe de pouvoir avoir accès à cette hauteur?  Dans certains milieux, même si les gens appliquent des efforts presque surhumains dans leur travail quotidien, ils ne pourront jamais avoir accès aux expériences que je vis actuellement. J’ai aussi rencontré des gens qui m’ont prouvé le contraire en Thaïlande et au Vietnam.
Et à Dubaï, pendant ce temps, même s’ils ont l’infini horizontal désertique, ils rêvent encore de la verticalité. Tant dis qu’à Hong Kong, restreint par les kilomètres carrés, s’empilent dans les kilomètres cubes, parce que l’espace, c’est un luxe.  

Et si au Canada, actuellement, des milliers de gens ne croient jamais pouvoir accéder au sommet du mont Kilimandjaro, de la tour Eiffel, de la statue du Christ Rédempteur à Rio de Janeiro, d’une tour à Dubaï ou d’un hôtel à Hue, ça reste un choix.

On dit que les gens possèdent des choses. Souvent, on assiste au contraire quand les choses possèdent les humains. Prisonniers des paiements, prisonniers de l’importance qu’on accorde à ces objets.  

J’ai fait le choix d’être libre. Je suis libre et je vois loin. Et plus je vois loin, plus je suis libre.
Quand on voit loin, on sait qu’on peut aller encore plus loin. D’aller chercher les détails du près qu’on a envie, qu’on a choisi. 

Malheureusement, je crois qu’une seule chose pourrait me mettre une barrière, des œillères.
La santé.
À 12-14 ans, quand les matantes pis les mononcs’ me souhaitaient au jour de l’an «  Santé et succès dans mes études » je les trouvais un peu débiles. La santé, quéssé ça? J’ai un rhume, j’me claque 2-3 advils, un bain chaud, du dodo pis j’suis repartie.  Pourquoi tu me souhaites la santé quand je n’ai jamais été malade, que je ne suis pas consciente de ce que c’est, quand personne de mon entourage n’a subit de fatalité.   

Oui, ils ont raison. La santé, c’est ce qu’il y a de plus important. C’est la base de tout.
Même si l’on vit dans une société aseptisée, on n’est à l’abri de rien.

Et pendant qu’on a la santé, il faut voir loin.  J’suis tannée d’avoir peur.
Avoir peur, c’est pour les gens qui veulent se mettre des limites.
Être prudent, c’est de vouloir avancer.
Être conscient des risques, c’est d’assumer nos actions.

Le vertige, c’est handicapant. Get over it.

Ma définition de liberté a définitivement changée durant mon séjour en Asie.
Surtout par la différence flagrante des mesures de sécurité.
Quand je pense au fait qu’une nouvelle loi va être instaurée quant aux fumeurs au Québec. Plus le droit de fumer sur aucune terrasse, ni dans la rue, ni dans les parcs.  N’est-ce pas une mesure castrante et infantilisante?   

«  Ouain, mais tsé Gab, si y’a moins de fumeurs, y’a moins de malades. Fumer c’est Mmaaaaalll, on te l’a pas assez répété à l’école?  C’pas toé qui disait justement que la maladie est une barrière à la liberté? ( Pis en plus, les soins de santé, ça coûte cher au gouvernement bla bla bla, le cash.) »

Okay, fine.  

C’est vrai. Mais est-ce que ces mesures gouvernementales là vont vraiment améliorer la qualité de vie et le bonheur des gens dans le futur. C’est un détail parmi tant d’autres.
Est-ce que c’est une preuve comme quoi nous sommes tellement bêtes que même au-delà de l’éducation, on considère que nous ne sommes pas aptes de prendre des choix par nous-mêmes concernant notre « pseudo-santé »?  

Au Vietnam, y’a une pseudo-loi concernant les casques en scooter. Les gens en mettent un en pseudo- carton ( ou autre matériel pseudo-futile) que pour l’apparence et le respect de cette pseudo-loi. Ces casques là ne protègent rien. Y’ont des fleurs en tissus collés dessus.  Même qu’à l’extérieur des villes, où il n’y a pas de police, les gens n’en mettent juste pas parce qu’il n’y a pas de police.

Ce qui est drôle, c’est qu’il y a une loi pour les casques. Mais on a le droit de transporter ce qu’on veut en scooter, et autant de gens que l’on veut. Une famille de 5 sur un scooter?  Pas de trouble. Pis les bébés ne sont pas obligés de mettre de casque.  Le conducteur prend le risque, l’assume et fait attention à sa conduite.
Si je décide d’embarquer sur un scooter pas de casque, c’est mon problème.
Le bonheur de liberté d’avoir du vent dans les cheveux, ça ne s’explique pas.

J’dois être une criss de marginale.  J’ai beaucoup trop de misère à comprendre les lois, pis j’ai toujours été comme ça. J’anticipe la dégradation de ma santé mentale en arrivant au Canada, j’me prépare tranquillement. Au moins, j’me suis loué un appartement au 11ème étage à Montréal à coté du Métro Place des Arts. Je pourrai continuer à voir loin, avec Guyaume, en juillet.  

M’a arrêter ça là, c’est trop compliqué pour l’état enivrant que la plage me procure. J’feel pas pour faire de la plongée aujourd’hui. J’reste en surface avec mes swim-aids d’enfant. Pataugeons. J’avais juste besoin de gargariser mes mots avec mon moi-même. Ou mon ordi.
Mon ordi, c’est un peu comme mon Wilson dans le film « Seul au monde ». Par chance que j’peux lui vomir mes flaques d’idées prédigérée, ça contribue à ma santé mentale.

La santé, c’t’important tsé.  En attendant, j’vais transpirer mon café sur le bord de la plage à 35 degrés pis lire la biographie de Ho chi Minh. J’ai toujours préféré les bancs de la rue, de la plage et des montagnes que ceux de l’école. Beaucoup plus intéressant, enrichissant et confortable. Plus joli que l’intérieur des quatre murs de béton gris renfermant l’odeur de l’eau de javel et la tristesse d’un établissement scolaire.
Et ça me permet de voir plus loin que la vue que j’avais par la fenêtre de celui-ci quand je le fréquentais.      

Tiens, voici des photos de ma salle de classe de cette semaine :

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Ma maison.

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Je quitte pour le Cambodge vendredi, je vais rejoindre mon ami Mark, le créateur de la fondation Lone Buffalo pour les enfants de Phonsavan au Laos. Un des hommes les plus inspirants que j’ai rencontré de ma vie. J’vais pouvoir gargariser mes idées avec une autre tête. Ça va être cool. 

J’ai mangé du chien.

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Ceci est une photo que j’ai prise dans un marché à Xam Nua, Laos. Juste pour mettre du punch un peu. Haha.

Buon ma Thuot, capitale du café vietnamien.

Superbe petite ville, vie de quartier tranquille truffée de stands à Phò, Bun do, jus de canne à sucre écrapoue dans une machine ( qui est siiiiii délicieux) et évidemment, de coffee shops pour tous les goûts.
Une ville d’une population égale à Pleiku, mais sans les collines… Plus d’arbres, plus coquette. Et le best, j’suis toute seule de blanche dans cette ville là.  Parfait.
Et comme dans toute bonne p’tite ville, j’me suis fait courir après par une gang de jeunes vietnamiennes de 15-16 ans pour me faire prendre en photo avec elles parce que j’suis grande pis j’ai des grandes pattes comme les filles d’la tévé.

Lors de ma première soirée, en me promenant dans les rues, j’ai été invitée dans un BBQ party de rue juste à coté de mon hôtel par une gang de jeunes businessmans œuvrant dans la commercialisation et marketing du café. Lucky me, j’suis tombée exactement sur les gens que je cherchais dans ma quête. Je shippe 10 livres de café au Canada demain avec des cafetières vietnamiennes ( Filt’ … un autre mot vietnamien issu du Français : Filtre). J’niaise pas avec la puck. Quoi que…. J’aurais pu en shipper 20 livres.

J’me suis intégrée dans la gang. Hang out with la bourgeoisie Viet, J’ai fait partie des meubles du Ryo Café pour quelques jours, j’ai visité leur (MAGNIFIQUES) maisons, aidé leur femmes à faire le souper pendant que les bébés rampent partout, j’ai abusé du café et ils m’ont emmené partout à travers la ville pour découvrir plein de spots de bouffe délicieuses, des chutes magnifiques, des lacs tranquilles.

L’autre soir, autour d’une bière, j’ai entamé le sujet de la viande de chien. L’avis est vraiment mitigé. Après avoir insisté, j’ai fini par en convaincre un de m’emmener en manger.

J’avais beaucoup de questions à ce sujet, pis je tenais vraiment à le vivre, à comprendre.

8hPM  on arrive, on s’assoit sur un p’tit tabouret en plastique à l’une des dernières tables disponibles dans la rue en face du resto spécialisé en viande de chien. J’aimerais dire que c’est plein à craquer, mais y’a trop d’espace dans la rue pour dire ça.  La serveuse d’environ 16-17 ans nous emmène tout de suite sur un plateau de légumes et une bouteille de whiskey de riz avec deux verres à shooters.

J’regarde la scène autour de moi, la clientèle est composée presqu’exclusivement d’hommes, partageant du whisky avec leurs amis. La cuisine est extérieure et 3 femmes masquées sont derrières les grills, emboucanées.
Devant elles, les enfants des propriétaires jouent avec des chiens dans la rue. Un autre chien, plus loin, gruge un os qui semblerait-il, provient d’un chien.

Ah, tiens donc. Un chien cannibale.

« He don’t know! It’s a dog! » Me dit Bao…

Bon, okay. Si tu le dis.

Ces chiens là ne seront pas mangés, ce sont des chiens domestiques.

C’est vraiment spécial de vivre l’énorme différence entre l’Asie et l’Amérique du nord concernant la relation avec la nourriture.  On ne côtois pas notre nourriture. On l’achète au magasin, on choisi le plus beau morceau à l’épicerie, bien emballé, et on a peur d’y toucher avec nos doigts quand on la déballe.

Un chien, pour nous, c’est un être à part entière avec des caractéristiques et une personnalité. Ce qui nous porte à imaginer l’expérience d’en manger un « avec ses caractéristiques »

« Pis Gaby? C’t’ait quel sorte ton chien? Y’était tu bon ton steak de Lassie? »

…Comme si j’arrivais au resto pis que j’avais un menu-catalogue.

Maggie, Golden Retriever
née le 12 Janvier 2009
Enjouée, élevée à la campagne, bon pedigree.
Toujours mangé bio.

Mr. Toc, Beagle
Né le s’quatre novembre au soir.
Combattant, yeule croche.
Toujours mangé d’la marde.
Non, non. Pas d’histoire de menu. J’ai mangé DU chien… j’ai pas mangé UN chien.

J’te demande tu, toi, de quelle couleur était ta poule pis quelle race c’était? (Parce que oui, y’a des races de poules. Tu l’savais tu? )
Ben, c’est ça. Même affaire. On se pose rarement de questions concernant la provenance et l’apparence originale de notre bouffe. Parce que c’est DU poulet, et non UN poulet.

« Ouais, mais Gaby? Y’était tu bon ton steak de chien? »

J’ai pas mangé de « steak » de chien. Y’a pas de steak en Asie. C’est totalement insensé ici de manger une portion aussi grosse, et surtout peu cuite.

On a commandé 3 plats différents. Un bouilli dans une sauce épaisse brune, des morceaux grillés sur le BBQ avec des graines de sésames et des hauts de pattes avant qu’on mange comme des pilons.

J’mange mes bouchées pis j’trouve ça si weird et magique à la fois, observant la scène qui m’entoure que j’ai décrite plus haut. Je suis vraiment mystifiée.

C’est pas une viande blanche comme du porc et c’est pas une viande rouge-rouge comme du bœuf. Ça me fait penser énormément à de l’agneau, mais encore plus tendre et avec le goût de foin/ferme atténué.

C’est délicieux.
Le pays s’occidentalise graduellement et de moins en moins de vietnamiens mangent du chien, pour les mêmes raisons que nous. C’est pour ça que seulement un des gars à accepté de venir en manger avec moi. Ça faisait 5 ans qu’il n’en avait pas mangé.

Le concept de chien comme animal de compagnie est assez récent ici. Ça ne fait pas si longtemps que les vietnamiens en ont à la maison comme «  amis » et que les filles se promènent avec des p’tits pitous poupounés avec un coat rose. Le chien a longtemps été considéré comme une bête impure qui mange des vidanges dans la rue.

D’ailleurs, à ce que je sache, il n’y a pas de d’élevage de viande de chien au Vietnam. J’ai lu sur le sujet, il y avait un article dans mon guide Lonely Planet.

Malheureusement, ( ou heureusement?) Il y a un énorme commerce illégal de viande de chien. Ils kidnappent les chiens errants en Thaïlande et les emmènent, dans d’atroces conditions, sans les nourrir, jusqu’au pays. ( Il n’y a pas de chiens errants, ou très peu, au Vietnam. Chose assez spéciale après les avoir côtoyés partout au Laos et en Thaïlande.)
Sérieusement, pour avoir constaté le nombre incroyablement élevé de chiens errants en Thaïlande. J’me demande si c’est pas une bonne chose.

On devrait faire la même chose avec les milliers de chiens tués à la SPCA chaque année. Tant qu’à faire..
( Oops, j’m’en viens trop hard dans mes propos. J’vais retirer mes dernières paroles. C’tait comme une joke tsé.)

L’affaire avec la provenance de cette viande, c’est que : qui dit charognards, dit viande possiblement contaminée. Des chiens errants, ça mange des vidanges. C’est pour cette raison que ce n’est pas un mets de tous les jours, mais plutôt un plat d’occasion spéciale.  Un moment donné j’suis tombée sur l’émission de Martin Picard, qui cuisinait le renard avec les amérindiens du nord du Québec et expliquait pour les même raisons pourquoi on ne devait pas manger du renard trop souvent. C’est mangeable et délicieux, mais, pas trop souvent.
Ne vous inquiétez pas pour ma santé, si on compare, dans la même optique, c’est aussi pas vraiment recommandé de manger du thon ou autre gros poissons de l’océan car ils sont possiblement contaminés par le mercure ou autres produits chimiques de leur environnement pollué.  Quoi qu’un thon, ou une perchaude du fleuve, ça l’a un regard stupide, c’est pas notre ami pis ça crie pas quand on le tue. Donc, c’est socialement acceptable de le faire.

J’ai payé l’addition, 160 000 dongs pour un festin ( on était deux et on en avait en masse pour quatre je crois! ) et deux bières. Ça fait 8 piasses ça.

On est retourné à la maison de Minh en Vespa, rejoindre les autres pour une bière pis ils ont rit de nous.

Moi, j’suis bien contente de l’avoir fait.

Check, c’est faite.  J’suis allée en Asie, j’ai mangé du chien.
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Phonétiquement vôtre.

Ne sachant pas dans quoi je m’embarque, le guide à Pleiku m’a dit de demander à la réception de l’hôtel qu’on m’appelle un bus pour aller à Buon me Thuot.

C’est quoi? Y’a pas de station d’autobus ici? 
Bon. D’ac. C’est ce que j’ai fais.

À 6hPM, un mini-bus jam-pack vient me chercher. Y’a un enfant probablement atteint des séquelles de l’agent orange, tout déformé, assis en face de moi sur des glacières, me fait le plus beau sourire du monde.
Sachant que j’ai une longue ride à faire ( 8-10-12 heures? On ne sait jamais.) J’me dis que je vais encore me pratiquer à être patiente et tolérante de l’inconfort extrême d’un vieux mini-bus bondé, chargé a bloc, tenant mes sacs lourds sur mes genoux.

Ben non toé, il m’emmène à la station d’autobus quelques coins de rues plus loin. À mon arrivée, un homme s’informe de mon siège pour moi, et emmène mes bagages à ma place.
Wow. Un bus VIP.

Assi-couché dans mon lazy-boy, on me sert une bouteille d’eau. J’ai Kouna pluggé dans les oreilles, J’me coupe du son trop fort du DVD : « Asia in Las Vegas » qui joue sur les écrans plasma. Un spectacle qui n’a pas été filmé du tout aux États-Unis, mais plutôt un show 100%Vietnam avec des vietnamiens qui chantent des chansons en anglais avec un accent à peine comprenable devant un public vietnamien.

J’regarde les images qui bougent, pis j’trouve ça quétaine. Comme le 3/4 de la culture pop asian. Ça m’divertit pis ça me fascine à chaque fois, alors, tant mieux. C’est alors que je tombe distraite par l’observation des bas beiges avec une place isolée pour la grosse orteil de la fille en face ( ça l’avais plus l’air d’une racine de gingembre que Martin Deschamps ET le p’tit gars de l’Agent orange de tantôt ENSEMBLE.) Genre de bas qui sont FAITS pour mettre avec des gougounes. Hot hein?

Quand j’me lève les yeux, j’vois un vieux bonhomme caucasien, cheveux blanc sur l’écran. Hein, C’est qui lui, j’le connais?
J’enlève mes écouteurs pis l’animatrice lui dit, en anglais : Voudrais-tu nous faire un honneur, à tous, aux vietnamien, aux américains, de nous chanter notre chanson préféré sur scène avec deux de nos artistes locaux.

Ben câline. J’ai eu droit à ALINE en trio avec des couplets en vietnamien et CHRISTOPHE lui-même. Ah ben Cibole.

Y’a tu une fille cute au Québec qui sait chanter,               qui a l’gout de faire de l’argent, mais qui est pas capable de percer? Faite lui apprendre le vietnamien pis shipper la à Hanoi. Le monde vont CA-PO-TER. Une peau blanche.  Faites-en un espèce de personnage charismatique avec une histoire fictive. Genre, elle a visiter le Vietnam et capote sur la culture et a décider de chanter pour les vietnamiens avec son cœur . ONNNNnnnn.

Faut qu’la p’tite a veuille. Parce que c’pas évident. Mais bon, pour être riche, on s’assoit pas sur son cul.

C’t’une langue pas mal plus compliqué que le Thaï ou le Laotien ( qui sont deux langues vraiment similaires avec plusieurs mots qui s’appliquent aux deux langues)  

Vous devriez voir mon carnet de notes avec les prononciations selon Gaby.

NNn gnonnngn’  —— Délicieux

avec un espèce de code morse en dessous qui explique combien de temps je dois dire chaque son. 

Y’a beaucoup trop de son qui ne s’écrivent pas en français. En fait, on les prononce inconsciemment surtout dans les régionalismes creux creux du Québec ou les balbutiements des ados fatigués. Comme la fameuse « Phò » Les fancys s’trouvent cool au Québec quand y disent : «  J’suis allée manger une FO au vietnamien »
FAUX.
Ça se prononce Feuah  En fait, c’est même pas transcriptible en francais,  c’t’un son hybride entre le EU et le A.

Un peu  comme quand tu dis : AAAAjj FFffeeuaaack. ( Ah fuck.)

Ou le É du monde de Québec. Comme dans : J’suis fatigueué .
L’hybride entre le EU et le É. Y se dit, mais y s’écrit pas se son là. Parce que c’est pas EU suivi un É, c’est les deux en même temps.

Pour réussir ce tour de force phonétique, il faut parler plus loin dans la bouche.
Ok. C’est weird dit demême. Mais on parle déjà beaucoup avec les lèvres pour produire des sons clairs et concis. Moins que les français par contre, et c’est probablement pour ça qu’ils m’imitent comme un perroquet quand j’parle. Pas moyen d’avoir une discussion convenable avec eux sans qu’ils m’imitent au moins une fois. L’Ara, c’est moi, pas eux. C’est moi qui décortique les graines de tournesol avec « ze » technique viet. OK?  ( Chiâlage contre les Français, check. )

J’commence à faire les associations des sons avec les caractères écrits. Parce que le vietnamien s’écrit en caractère romain, comme nous, mais rien ne se prononce pareil. Un G se prononce Z. NH se prononce GNEUH, TH se prononce souvent CH et le X en S, comme les chinois. J’me suis fait pognée en arrivant. Essaye, toi, de demander un endroit au chauffeur de taxi…. Nope. Y comprends pas. 

C’est probablement la langue qui détient le record de la fioriture.  Des mots de 3-4 lettres max. Imagines le nombre de combinaisons que tu peux faire avec ca. Pas tant que ca, si tu veux donner un nom à TOUT.  C’tune langue phonétique. Donc bourre ça d’accents, aigu, grave, circonflexes, circonflexe à l’envers, cédille, cédille sur le dessus de la lettre, point au  dessous, point au dessus.  

Pis tu peux combiner après. Cédille, accent aigu. Circonflexe, grave.

J’suis pas mal sûre que vous avez tous essayé de dire Fatigueué à voix haute. En chuchotant peut être pour pas avoir l’air fou devant votre coloc.

Y’a des mots français aussi intégré dans la langue.
Un rein, c’est Yien.
Billard : Billah
Yogourt (Yaourt) : Yahou.
Et le meilleur de tout : Tournevis : Tournevit ( dit avec un accent asian, c’est drole en esti.)

Y doit y en avoir une multitude d’autres. Mais j’pas rendu là encore.

J’aime mieux me faire des associations niaiseuses en attendant.
Pour toilettes on dit : gn NIAA  vehssine’
Vessie.

J’suis en train de lire un livre sur les poétesses Vietnamiennes, pis ça l’air cool de jouer avec c’te langue là. 

Vous direz ça à la fille qui veut venir faire carrière ici. Ça va p’tête la convaincre.

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Pleiku

J’aime bien l’immersion.

J’ai retonti à Pleiku parce que y’avait pas de bus pour Buon me Thuot. J’suis restée 3 jours parce que je m’y plaisait bien ici. Y’a techniquement pas grand choses à faire ici. Pas de bungee, pas de plages, pas de bateau, pas de see-doo, pas de sites réellement historiques à visiter. Juste, le vrai.

C’est ça que j’cherchais.

J’ai rencontré deux personnes qui parlent anglais ici. La femme beaucoup trop souriante et gentille à la réception de l’hôtel et un guide formateur pour les touristes vietnamiens. Parce que oui, y’en a du tourisme ici, mais du tourisme local.

C’est relax. J’me fais pas agresser par personne, les gens sont heureux de me voir, les pâtisseries locales sont incroyables et le café est fameux, comme toujours. Le comble, ça coûte presque rien.

Un café, 25 cennes
Un paquet de clopes, 40 cennes
Manger dans un bon resto, 1,25$.

Pleiku, ça veut dire «  Le village de la queue » suite à une légende locale un peu absurde, selon moi, qui relate la fois où y’a eu un gros party pis y’ont faite cuire un cochon. L’homme le plus riche de la place exigeait qu’on lui réserve la queue. Pendant qu’il avait le dos tourné, quelqu’un l’a mangé. Il a donc exigé qu’on tue un autre cochon.

La situation s’est répétée plein de fois, et la tradition veut que le party finisse seulement quand toute la viande est mangée. Faque y’ont fait le party pendant des lunes.

Pas pire. 

C’est une ville qui me fait étrangement penser à Sherbrooke. Une ville construite dans des vallons, des beaux grands boulevards en pentes, et environ le même nombre d’habitants. C’est surtout drôle que toutes mes références de la vie sont reliées au Québec. Parce que maudit que j’ai rien vu encore.  

Mais le bonheur à Pleiku, c’est de faire la run des cafés. Juste faire du people watching. Voir ce que les gens font, les habitudes. Boire du thé, du café, pis manger des graines de tournesol. Ils passent du temps entre amis, l’après midi, le soir. J’aime bien l’Asie pour ça. Y’a une culture sociale de rue archi développée.

La « propreté » a une définition totalement différente au Vietnam qu’au Laos ou en Thaïlande où on pourrait manger sur le plancher. Ici, c’est plutôt le manger qui va sur le plancher. Au resto, ( pas les restos de luxe par contre) on garroche tout à terre. Tes os de poulet? Par terre. T’es napkins usées? À terre. Tes écales de graines de tournesol? À terre.  Ton crachat? À terre.

J’ai toujours pas établi pourquoi, mais une majorité de vietnamien se raclent la gorge comme des défoncés provoquant presque le vomissement et crachent par terre. Dans le train aussi d’ailleurs. C’était d’ailleurs une top expérience de prendre le train de nuit de Hanoi à Hue. Un cubicule, 12 mètres carrés, 7 personnes entassées dans des couchettes. Un vieux train des années 70 aux murs vert hopital, de la musique classique qui griche digne d’une soundtrack d’un épisode de Tintin à ciné-cadeau….. et une ambiance sonore de crachats.

Ça doit être culturel. Il y a une énorme influence de la Chine ici. Combiné à l’influence de la colonisation française et leur adulation de la culture Américaine.

Ceux qu’y pensent qu’ils sont encore amers envers les Américains se trompent.

On le perçoit dans la jeunesse, la culture pop, la majorité des médias (même si censurés) dans les habitudes de consommation. Une société beaucoup plus matérialiste et capitaliste que leurs voisins.

C’est la première fois que je vois une aussi forte concentration de voitures américaines dans tous les pays asiatiques que j’ai visité. Ils payent des fortunes pour s’importer des Fords ou des Chevrolets.
Énormément de Vespas aussi, même si c’est italien, c’est un symbole de luxe.

Les Vietnamiens adorent les objets de luxe, et flasher.  Et l’icône de la réussite?

Le Iphone.  

J’sais pas combien ça coûte au Canada un Iphone, mais ici, ça tourne autour de 800$ US. Les faramineuses taxes d’importation font grimper le coût.

Ils ont des T-shirt de Apple, des boutons de chemise en pomme… Name it.

J’sors mon ordi en public, pas de trouble. Mais quand j’sors mon Ipod touch, faut j’me watch parce que j’ai souvent des regards de fascination. Dans mon cubicule de train, le mot s’est passé assez vite. « Iphone, Iphone » Pis y’ont tous voulu l’essayer. C’est plate, y’est configuré en français, y comprenaient rien, mais y jouissaient juste à faire flipper les pages du menu tactile.

Ils sont beaucoup plus orientés vers l’argent et le commerce au pays des Nguyen, et ils vont tout faire pour prendre celle de tes poches.  
Et comme dans tout bon pays en voie de développement, l’écart entre les riches et les pauvres est énorme.  

À Pleiku, c’est moins pire quant à l’agression dans les rues, c’est beaucoup plus relax. D’ailleurs, en 3 jours, je n’ai rencontré aucun occidental. J’ai aussi fait boosté mon vocabulaire de Vietnamien d’une dizaine de mots. Et les gens me sourient. Ouf. Fallait que j’sorte du circuit touristique, j’étais en train de faire une syncope.

Je pars finalement pour Buon me Thuot ce soir. Le paradis du café.
À défaut de faire la route des vins, j’suis en train de me tracer une route du café.

Et j’adore ça.

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J’adore aussi les mannequins. C’est toujours un peu creepy un mannequin. Ici, c’est le paradis du mannequin creepy. Ceuze-là sont pas les pires. J’ai l’goût de me monter un portefolio de mannequins weird. 

Maisons en cartouche d’imprimante et route de napkin.

Le Vietnam est intéressant pour son architecture moderne. Construire des maisons très étroites pour éviter de payer des taxes…. Ils payent pour le nombre de mètres accessibles au trottoir.

Moi, J’vois juste des cartouche d’encre d’imprimante.

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Ouaip.

Pour continuer dans les faits divers, comme je suis dépendante des restos pour me nourrir, et que 90% du temps je mange seule où je me fait poser des questions par mes voisins de table. J’ai le temps de remarquer tous les détails, habitudes et coutumes “du bon manger.”

Pour ce qui est des napkins comme on est habitués d’utiliser au Québec, grandes, carrées, résistante et 4 fois plus épaisses qu’un kleenex….. Ben…. Y’en a pas ici…. Ou juste dans les restos fancys.

En Thailande, y’avait des p’tites boîtes avec des mini napkins minces de 10cm x 10cm qui sortent comme des kleenex. Mais pas de papier de toilette dans les endroits publics.

Au Laos, y’a un rouleau de papier de toilette normal sur la table. La majorité du temps, y’a du papier de toilette, mais le papier de toilette est rose et extensible… Un peu comme les guirlandes de papier craft qu’on achète au Dollorama pour décorer lors des fêtes.

À Hong Kong…. Y’a des napkins normales, du papier de toilette normal pis des traces de pieds sur la bol de toilette.

Au Vietnam, le papier de toilette est toujours normal, et partout.
Par contre, pour les napkins, c’est weird.
J’ai vu les 3 sortes décrites ci-haut.
Mais ici, à Pleiku, y’a des pads bloc-note ( comme des post-it sans colle..) En guise de napkin. Pis j’trouve ça weird en esti.

Bon. C’était mon post weird du mois.

J’aime ça l’café.

J’ai décidé que j’partais a’ matin. J’en ai assez vu de Hue.
J’check out à l’hôtel. J’prends le premier taxi. Il m’attendait impatiemment devant la porte de l’hôtel. P’tête pas moi en particulier, mais bon, j’suis sûre que y’était ben content de me voir malgré son air bête.

J’fous mon lourd backpack sur le siège arrière un peu maladroitement, J’lui explique que je veux aller à la station d’autobus  qui mêne vers le sud. Vers Buon Me Thuot.

J’veux sortir des chemins traditionnels. Personne ne va là. Ou peu de gens. On m’a trop parlé et offert des opportunités pour aller à Ho Ahn parce que c’est une ville charmante et historique. Non, c’pas ça que je cherche.  J’veux pas longer l’océan des touristes, j’irai à la beach plus tard. « Holliday in Cambodia » dirait Dead Kennedys.

J’arrive à la station d’autobus pour m’acheter un billet et on m’annonce que les deux bus qui partent en après midi pour ma destinations sont pleins. Ou y’en a pas. J’sais pas. Mais c’est pas possible d’acheter un billet. La maudite française que j’ai rencontrée sur ma route vers Hanoi à vraiment changer ma vision de la vie. J’hésite entre dire que j’suis contente ou pas. Si c’est un atout de plus ou pas. Mais là, j’ai toujours un maudit démon en arrière de la tête qui me dit :

«  Non, c’pas vrai, y’a encore des bus, il veut juste te référer à son autre compagnie qui vend des tickets pour d’autres destinations. »

C’est complètement illogique à la fois. M’semble qu’en business, si un client désire un produit ( une destination! ) en particulier, c’est définitivement ÇA qu’il veut. Tu peux pas lui faire gober d’autre chose.

J’aimais mieux être innocente. C’était plus joyeux dans ce temps là.  

Mais bon, j’ai décidé que j’partais aujourd’hui, je pars aujourd’hui. Je regarde sur ma map. Y’a-t-il une destination qui me rapprocherait de Buon my Thuot ? ( à prononcer boon mi thot, en passant.)

Okay, parfait, donnez moi un ticket pour Pleiku, y’en parle pas ou peu dans mon guide, d’la marde. J’vais là.

Le bus est à 5 heures de l’après midi. Y’est 8h30 le matin…..

Ma symphonie de borborygmes me pousse à traverser le grand boulevard pour aller au soupshack d’en face. C’t’un défi en soi. On se fait d’abord crier après par 20 gars qui veulent nous offrir leur services de Motorbike, ensuite, c’est de traverser une rue qui à l’achalandage du boulevard René Lévesque à Montréal sans passage piétonnier ou stops.   T’avance un pas à la fois, tranquilement, eyes contact, et les scooters te contournent. Grand respire, on traverse l’autre voie.

Je dépose mon gros sac, je m’assois sur un petit tabouret, et j’me fais dévisager. Mais c’est pas un regard de fascination. La madame avec son coat d’hiver ( il fait 26 degrés en passant.) viens me voir et me regarde avec ses yeux qui me lancent presque des couteaux. J’crains quand même pas pour ma vie, c’est des couteaux à beurre, mais c’est quand même pas cool de se faire garocher des couteaux à beurre.  

« Cah fe den naon »

J’lui ai demandé un café noir chaud. Ça fait parti de mon vocabulaire de base pour chaque pays.
Bonjour, merci, aurevoir, bonne chance, café, thé, riz, poulet, chaud, froid, lait, je suis heureuse, ami, tu es belle, j’aime ça, Combien, un deux, trois, quatre .…. Ce sont les phrases/mots de bases que j’essais d’apprendre pour chaque place que je visite.

Elle m’apporte un café noir avec de la glace. Je lui dis merci, pis j’bois mon café frette. Les 10 autres viets me dévisagent toujours. Et parlent de moi. J’comprends pas, mais j’pense pas qu’ils sont en train de discuter du fait qu’ils apprécient ma visite.

8 heures 45 le matin, assise sur un petit tabouret sur le bord d’une artère, je me fais dévisager par des viets masqués. J’ai l’ambiance sonore de l’autoroute décarie, additionnée de ce que je peux m’imaginer des klaxons de l’inde sans y avoir été. Ils font jouer du techno dans le tapis, qui ne fait que mettre l’ambiance plus chaotique. En plus du smog et de la poussière qui nous entoure, y’a un gars qui transvide de l’huile à moteur dans une canisse avec une bouteille d’eau coupée qui lui sert d’entonnoir.

Mon p’tit tabouret en plastique est vraiment pas confortable ce matin.

Qu’essé que j’fais là.

Ça fait deux semaines que j’me demande qu’essé que j’fais là. J’sais pas si c’est le post-Laos ou le pré-Vietnam. J’sais pas si c’est un choc culturel. J’sais pas si c’t’un choc avec Gabrielle Provost.
J’suis étrangère.

4 mois et demi. De voyage. J’suis pas en vacances. J’ai pas l’cul assise dans l’fauteuil d’un tourbus en train de photographier des monuments nationaux que j’men criss. Mais en même temps. J’travaille pas. J’bâtis rien, j’construis rien. Je ne concrétise rien. En fait, j’concrétise plein de trucs, j’apprends, je gère, j’observe. Mais j’ai le sous-produit d’artiste en moi qui crie.

Je ne manipule rien. Je ne concrétise rien. Je ne touche aucune matière.

J’fais même pas mes toasts le matin criss. Pis ça fais 4 mois.

Pis là, j’erre pis j’veux juste me trouver une occupation. Trouver quelque chose à faire. M’investir. Concrétiser, changer, travailler. Mais j’reste sur le pilote automatique, en surplace, en suspend. Parce que j’suis étrangère, pis j’comprends rien.   

J’ai fini mon café.

J’ai 7 heures à attendre. J’reste pas à la station d’autobus certain. J’vais m’chercher une chambre d’hôtel crados à 5 piasses pour siester pis lire.

Après quelques heures, j’retourne à la station d’autobus en taxi à l’avance, j’cherche à faire jasette un peu et je dis que je veux aller à Buon me Thuot, la capitale du café, pour acheter le meilleur stock possible pis shipper ça au Canada.

Du coup, il m’invite à prendre un café, et je décline l’invitation poliment. C’est là qu’il se met à faire la gammick viet. Il sort un carnet de son coffre à gant et me dit  qu’il connait une femme du canada.
Il ouvre son carnet et me montre :

Louise Bolduc
Montréal, Canada 514-555-4598
 J

…Cool man, tu connais une Louise Bolduc de Montréal. Ah ben. C’est l’fun.

Y sont intenses les viets. Ils gagnent la confiance des touristes avec des carnets de testimonials.
À chaque fois que tu passes devant une agence de voyage, ils veulent te faire lire leurs carnets de commentaires.

D’où tu viens toi? Ah!! Justement, j’ai des canadiens qui ont prit mon tour, regarde ce qu’ils ont écrit!

Comme si lire les commentaires d’un de mes pars allait tout de suite me convaincre d’acheter un tour que j’ai pas le goût de faire à la base.

Ouf.  Merci beaucoup, Tahn Nguyen, j’ai un bus à prendre. Tu salueras Louise de ma part.

J’embarque dans le mini bus. Let’s go, on est parti pour une ride de 10 heures avec 12 autres vietnamiens et un DVD d’humour de scène avec des personnages traditionnels.  

Pauses bouffe.

Aussi, stop en plein milieu de nulle part sur le bord de la route en pleine nuit pour cigarette, pipi, crachat, vomi, et autres symphonies de sons bizarres et un peu troublants donc je ne peux expliquer la provenance à cause de l’obscurité. Et pas mal tout le monde y participe. Et je plisse les yeux pour me protéger des bourrasques de vent des autres véhicules qui passent à toute vitesse à coté de moi.

Il est 3 heures et demie le matin, et on m’annonce que c’est à mon tour de débarquer… Ça fait déjà quelque fois que je sais que le chauffeur fait allusion à moi dans son discours et fait rire les gens. Il me parle en vietnamien en me souriant, mais c’est pas un sourire de sympathie.

Il me parle en vietnamien en étant arrogant mais je ne perd pas la face et je lui demande gentiment s’il peut me débarquer à un hôtel. Je me fous de l’hôtel. J’me fous du prix. Y’est 3 heures et demi pis j’veux une place avec une clef pis une porte.  Et je fais bien attention de parler lentement avec des mots de bases et des mimes pour bien me faire comprendre.

Mais je sais qu’il comprend beaucoup mieux l’anglais qu’il ne laisse paraitre. J’comprends pas l’envie des gens d’être mesquin.

On droppe mon sac encore dans la rue. Au revoir p’tite blanche.

J’ai réveillé l’homme qui dormait dans une chaise longue dans le lobby et miraculeusement, il était bien gentil de m’accorder une chambre. ( Une chambre avec un gros papillon de nuit brun pis des trous dans les draps.)

Merci. J’ai la paix. J’suis arrivée à Pleiku.

J’veux dormir.

Image

Un cimetière sur le bord de la route.

Chillage de balcon.

Chillage de balcon.

Far, far à Hue.
sans la poudre, sans fard
Maquillage urbain
écopant le navire.

Make-up de poussière.
Trasher dans la fanfare
des klaxons affamés
paupières dénudées.

Poème à deux langues
qui s’embrasse, Exckiss-me.
Loin de mon phare
je suis nickel.

Discussion seule
Monologue à deux
Slang de slag,
vue sur la junk.

Would you like a cup of tea?
Porcelaine
Of course you can.

FOMO.

M’semble que j’pourrais rester à Hanoi éternellement, juste pour boire du café.

Boire du café et du thé dans la rue, ça fait partie des habitudes sociales quotidiennes des Hanoiais. Hanoyois, Hanoyiens? Hanoiques? Hanoillés? Annoying? Comment on appelle ça quelqu’un qui habite Hanoi?

Hanoïens. Ark. C’tu laid hein. Les gentilés m’épateront toujours.

J’me suis incrustée dans la petite routine d’une gang de gars qui se tiennent au café en face de la cathédrale. À tous les jours après l’université, c’est l’heure du « Cha chang » … thé glacé avec du sucre.
Après ça, ils vont boire une bière à 5000 dongs ( 25 cennes) avec divers snacks que des femmes vendent dans la rue en guise de souper. C’est vraiment étonnant la bouffe de rue ici.  Les dames rebondissent en marchant avec leur panier « balance » trop lourds. Y’ont même pas de kart, simplement un plat de charbon ardant directement dans le panier où elles font cuire leurs trucs.

Socialiser sur les p’tits tabourets, c’est merveilleux. Tout le monde est là. Les plus pauvres comme les plus riches hommes d’affaires avec leur Iphone sont à la même place en train de manger une soupe fumante à la même table. Les Vietnamiens sont finalement beaucoup plus gentils et accueillants que ceux que j’ai rencontrés dans l’autobus. Fiou.  J’ai eu une sacrée mauvaise première impression. Ça m’faisait peur en maudit.

J’ai décidé d’aller dans une croisière de deux jours à Halong Bay.  M’semble que ça fait longtemps que j’me suis pas bookée une affaire de touriste. Le FOMO commençait sérieusement à me ronger l’intérieur.

le FOMO, c’est «  Fear of missing out »

Normalement, c’t’un syndrome qui affecte pas mal tous les êtres humains au cours d’une vie. C’est la peur de manquer quelque chose. Ça s’applique au quotidien. Comme aller à un party même si t’es ben fatigué, d’un coup que tu manquerais la soirée du siècle. C’est la peur de ne pas être à la bonne place au bon moment. La peur de ne pas avoir tout vu quand on voyage, parce qu’on se dit que c’est du « One time only ».

La seconde où j’ai mis les pieds dans l’infâme agence de voyage, je me suis transformée. Je ne suis plus humaine, je suis un Dong. Plutôt, je suis plusieurs milliers ou millions de dongs. C’est de la vente agressive, prends CE bateau là.
J’ai payé 63$ pour une croisière de deux jours, logée nourrie dans un site reconnu par l’Unesco comme patrimoine mondial. Au menu; kayak, visite d’une caverne énorme, croisière autour des rochers immenses qui transpercent l’eau turquoise et l’incontournable party karaoké en soirée.

7 heures le matin, le cadran sonne.
J’pacte mon bordel, j’vais attendre l’autobus qui vient me chercher à l’agence de voyage. J’suis la première à embarquer dans le mini bus. On fait le tour des agences de voyages, embarquer les autres touristes qui ont booké le même trip ailleurs. J’regarde les suédoises et les allemandes qui entrent, le look backpackeuse de fille a définitivement l’air d’un pyjama avec des motifs douteux. C’est confortable du moins. Ça prends pas trop de place pis c’est léger dans tes bagages.  Ça clashe avec les asians citadines en talons hauts, vernis à ongles et cheveux parfaits qui se prennent pour un personnage dans « Sex and the city ».

Mais y’en a pas de ça dans notre autobus. C’t’un bus de touriste.

On arrête pour embarquer les petits derniers quand j’aperçois un vietnamien pousser un des gars à l’extérieur de l’hôtel avec un bâton de bambou .

Y’est 8 heures et demi le matin, ils se battent dans la rue. Tout le monde regarde la scène. On est bouche bée. Flabbergastés.

Les trois australiens finissent par entrer dans l’autobus, gueulant que l’hôtel, d’ici deux jours, n’existera plus. On fini par apprendre qu’ils ont bu une bouteille de whiskey à trois avant d’embarquer dans le bus pis qu’ils voulaient se battre parce qu’ils soupçonnaient que les propriétaires de leur avoir volé leur caméra.

C’est quoi là? J’me suis bookée un trip pour « retards »? J’suis dans un bus pour personnes spéciales?
Quossé j’fais là? Asti que j’haïs les êtres humains des fois.

Y’a une valise qui tombe sur un gros monsieur américain pis y se met à chiâler.

My god. Qu’est ce qui va se passer en deux jours…

Ben finalement, y s’est passé que j’ai rencontré des gens vraiment cools finalement. J’ai encore eu une maudite mauvaise première impression. Ça l’a mal commencé disons.

Halong Bay, c’est vraiment beau.

L’autre jour, j’ai eu une idée.

J’pensais acheter une terre en Thaïlande ou au Laos. Ou les deux, pourquoi pas. Pis en faire un pays.
Idiotikistan. Ou d’quoi du genre. P’tête plus Partykistan. Sont pas si caves quand même.

Y’aurait pas de lois dans ce pays là, toute serait légal et accessible. En plus on donnerait un visa gratuit éternel.
J’me partirais aussi une compagnie aérienne nationale qui offre des vols pour des peanuts à destination de mon nouveau pays. J’ferais de la promotion mondiale montrant des palmiers, des centres de massages, d’la bouffe pas épicée, d’la bière pas chère pis de l’alcool cheap. On rajoute une couple de chix dans l’annonce, et voilà, le tour est joué. Comme ça, si t’as l’goût d’être cave ailleurs que chez vous, tu iras pas emmerder les autres sur la terre. Après ça, l’industrie du tourisme me regardera pas comme une criss de conne à chaque fois que j’mets les pieds dans une agence de voyage.

Faut aussi trouver un moyen de les faire travailler, comme à Vang Vieng, pour qu’ils restent indéfiniment.
J’pense que j’ai trouvé la solution à la paix dans l’monde.
Vous êtes ben chanceux que j’conte ça, normalement, j’parle pas d’buisness ouvertement comme ça.

Mais bon. Tout ce délire là, c’est issu des grands questionnements du voyage.

C’est quoi ta quête?

… ça, y’en a autant que y’a de types de voyageurs sur la terre.
La fuite, le voyage astral, le voyage par les idées, le voyage par la fiction, le voyage impliquant des déplacements physiques. Le party travelling.

…Le FOMO. Le maudit FOMO.

Le tourisme. C’est quoi ça, le tourisme.

‘Sti que j’comprends rien.

Bouffe de rue.